9 JUILLET 2026

Quand l’expertise ne suffit plus

Vous avez réuni autour de la table des personnes hautement compétentes. Pourtant, les décisions tardent, les discussions tournent en rond ou, au contraire, tout le monde attend que le leader tranche.

Écrit par Roxanne Coulombe

Dans certaines équipes, les opinions divergentes restent sous silence. Dans d'autres, chacun défend son point de vue sans qu'une décision claire n'émerge.

Le problème est rarement un manque d'expertise. Il tient davantage à la façon dont l'équipe échange, remet ses hypothèses à l'épreuve et transforme des points de vue différents en décisions.

 

Créer des conditions de succès

Le rôle du leader est déterminant. Il ne consiste pas uniquement à prendre les bonnes décisions, mais à créer les conditions qui permettent à l'intelligence collective de s'exprimer.

Les meilleures équipes ne cherchent pas à éviter les désaccords. Elles savent les utiliser pour améliorer leurs décisions, tout en maintenant un climat de confiance qui encourage chacun à contribuer pleinement.

Concrètement, cela signifie que chacun peut :

  • exprimer un doute;
  • poser une question;
  • reconnaître une erreur;
  • remettre en question une hypothèse;
  • défendre un point de vue minoritaire, sans craindre que sa crédibilité professionnelle en souffre.

 

Voici quelques pratiques qui contribuent à créer ce climat.

 

1. Commencer par créer un alignement
Avant d'inviter les points de vue, assurez-vous que tout le monde réfléchit au même enjeu.  Une équipe ne peut pas prendre une bonne décision si chacun répond à une question différente.

Le leader gagnera à préciser l’objectif de la rencontre lors de la convocation (ordre du jour) et tout au long de la rencontre:

  • Quel problème cherchons-nous à résoudre?
  • Quelle décision devons-nous prendre aujourd'hui?
  • Quels critères guideront notre décision?
  • Qu'est-ce qui est déjà décidé... et qu'est-ce qui est encore ouvert à la discussion?

Lorsque le contexte et l'objectif sont clairs dès le départ, et en cours de rencontre, les échanges sont plus ciblés, les désaccords deviennent plus constructifs et les décisions sont plus faciles à prendre.

2. Montrer qu'il est acceptable de ne pas tout savoir
Plus le niveau d'expertise est élevé, plus les leaders peuvent ressentir la pression d'avoir toujours la réponse.

Or, quelques questions suffisent souvent à ouvrir la réflexion.

  • Qu'est-ce que je ne vois pas?
  • Qu’est-ce qui pourrait être vu différemment?
  • Qu'est-ce qui pourrait nous échapper?

Admettre une incertitude ne diminue pas la crédibilité d'un leader. Au contraire, cela encourage les autres à réfléchir avec lui plutôt qu'à attendre ses réponses.

3. Aller chercher les voix qu'on entend le moins
Dans plusieurs équipes scientifiques, les chercheurs plus juniors ou les professionnels récemment arrivés hésitent à contredire un chercheur principal ou un dirigeant.

Le leader peut les inviter explicitement à contribuer.

  • Quelles autres perspectives devrions-nous considérer?
  • Qu'est-ce qui pourrait compromettre le succès de cette décision?
  • Quelle hypothèse sommes-nous peut-être en train de tenir pour acquise?

Les meilleures décisions sont rarement le fruit d'une seule expertise.

4. Critiquer les idées, jamais les personnes
En science, les hypothèses sont faites pour être remises à l'épreuve. Les personnes, elles, ne devraient jamais avoir l'impression de l'être.

Une phrase simple peut changer le ton d'une discussion : « Nous remettons les idées à l'épreuve, jamais les personnes. »

5. Accorder autant de valeur aux questions qu'aux réponses
Les organisations scientifiques sont souvent reconnues pour la qualité de leurs réponses. Les meilleures équipes savent que tout commence par la bonne question.

Par exemple : « Quelle est la question que nous devrions nous poser avant d'aller plus loin? »

6. Parler des erreurs sans chercher un coupable
Dans les secteurs réglementés, les erreurs doivent être détectées rapidement.  La première question fait toute la différence.

Au lieu de demander : « Qui est responsable? » essayez plutôt :

  • Qu'avons-nous appris?
  • Qu'est-ce que notre processus n'a pas permis de détecter?

Cette approche favorise la remontée rapide des enjeux, essentielle à la qualité, à la sécurité et à l'amélioration continue.

7. Donner la parole avant d'exprimer son opinion
Lorsqu'un dirigeant parle en premier, il influence souvent toute la discussion, sans même s'en rendre compte.

Une règle simple peut transformer la qualité des échanges : Chaque personne s'exprime avant que le leader partage son point de vue.

 Les idées sont généralement plus variées… et les décisions meilleures.

8. Reconnaître les comportements qui améliorent les décisions
Les publications, les découvertes et les résultats sont visibles.

Les comportements qui permettent d'y arriver le sont beaucoup moins.

Prenez le temps de reconnaître les personnes qui :

  • soulèvent un risque;
  • demandent de l'aide rapidement;
  • remettent une hypothèse en question;
  • changent d'idée devant de nouvelles données;
  • partagent une erreur dont toute l'équipe peut tirer un apprentissage.

Ce sont ces comportements qui renforcent progressivement la confiance au sein de l'équipe.

9. Faire des désaccords un levier plutôt qu'un obstacle
Le désaccord n'est pas un problème lorsqu'il porte sur les idées plutôt que sur les personnes.

Une question fonctionne particulièrement bien :

« Si nous devions défendre l'hypothèse inverse, quels seraient les meilleurs arguments? »

Cette simple pratique permet souvent de mettre au jour des angles morts avant qu'ils ne deviennent des erreurs coûteuses.

 

Créer les conditions de succès d'une équipe qui réfléchit, décide et agit ensemble

Lorsqu'une équipe n'ose pas exprimer un doute, remettre une idée en question ou reconnaître une erreur, le leader finit souvent par devenir le principal décideur, le médiateur ou le dernier filet de sécurité. Les décisions ralentissent, la responsabilisation diminue et l'équipe devient progressivement dépendante de lui.

À l'inverse, lorsqu'un climat de confiance permet des échanges francs et respectueux, les membres de l'équipe prennent davantage d'initiatives. Ils règlent plus de problèmes entre eux, prennent de meilleures décisions et assument davantage la responsabilité de leur mise en œuvre.

C'est précisément ce que le coaching d'équipe vise à développer.

Il ne s'agit pas simplement d'améliorer la communication ou de renforcer la cohésion. Il s'agit d'aider une équipe à réfléchir ensemble avec plus de rigueur, à transformer les désaccords en meilleures décisions et à développer une véritable imputabilité et responsabilisation d’équipe.

Le rôle du leader n'est plus d'avoir toutes les réponses. Il est de créer les conditions qui permettent à son équipe de réfléchir, d'agir avec plus d'autonomie et d'atteindre un niveau de performance supérieur.

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